L'autre jour, rue Saint-Denis, un monsieur nous a abordé, un pote et moi, en nous invitant a visiter son échoppe, où attendaient, paraît-il, d'accortes demoiselles. Nous laissâmes le pauvre homme dans le froid, en lui expliquant rapidement que là, c'était l'heure de la bière, et que de toute façon on était fauchés. Il eu l'air bien marri, et nous nous marrâmes. Ouais je sais, c'est la classe de commencer mon article féministe par une référence aux putes. Tout ça pour servir d'illustration à l'amusant écart de signification entre "homme public" et "femme publique".
Les premiers mois de ma prise de poste à l'accueil, deux théories furent échafaudées à mon propos (je le sais de manière indirecte): soit il est homo, soit il couche avec sa collègue. C'est ma copine qui est contente, elle n'est pas présente dans ces deux cas de figure. Or, donc. Pourquoi homo? Parce que c'est un job de meufs. Même les gens pas homophobes font cette remarque. A chaque fois, on me demandait si je portais le tailleur. Amusant la première fois avec les potes, après, non. Effectivement, comme on a l'habitude de dire LE charpentier, on a le tic de dire LA standardiste. Dans le manuel de formation, c'est à peine si le poste était évoqué au masculin, dans les annonces d'emploi, c'est rare que la parité soit respectée. Et c'est rare que les entreprises acceptent un mec à l'accueil -là où j'étais, c'était une première. Parce que bon, l'entreprise, monde de mâles? Sauf que si on prend en compte le fait que les plus sexistes soient des femmes... Non, simple rapport à la tradition, je pense, voire au fantasme de la standardiste, choisie pour sa "présentation irréprochable", jeune et belle, et qui connait les bonnes manières d'antan (gnagnagna, voir le poste précédent). Au passage, mesdemoiselles, saviez-vous que le "bon goût à la française", c'est de porter un joli foulard, comme mamie? Et que la jupe juste-en-dessous-des-genoux, c'est distingué et d'actualité? Je sais, ça donne envie, de savoir que les années trente sont si proches de nous.
Je pense que c'est un point de la parité qu'on oublie souvent. Tout le monde se bat pour donner aux femmes le même statut que les hommes, et leur ouvrir les portes des salles de direction, des marches du pouvoir, tout ça. Mais casser les traditions de jobs sexués? Personne ne se presse pour pousser les hommes à des postes de sous-merdes considérés comme des postes féminins... Je veux bien te donner le pouvoir, mais par contre, compte pas sur moi pour faire ton ancien taf. A New-York, j'avais vu la devanture d'une asso féministe qui recrutait des nanas à des postes "masculins"; docks, BTP, métallurgie... Ca c'est l'avenir. Inverser les rôles, et briser les habitudes. Camarades mecs, devenez standardistes, caissiers, hommes de ménages, baby-sitter, garçon-au-pair, vendeurs en boulangerie, en cosmétiques, en rayon lingerie (bande de vicieux, je vous vois venir), c'est aussi une façon d'aller vers l'égalité (et de prétexter un engagement féministe fictif à peu de frais).
Sinon, on peut en rester à la bonne vieille méthode qui a fait ses preuves, la vasectomie pour les machistes, mais ça peut s'avérer assez vite salissant.